Présaison CSP 2018/19

Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait - Mark Twain

Illustration

Passée l'euphorie, difficile d'analyser un tel match. L'exploit est à la hauteur du marasme qui avait envahi jusque là le microcosme limougeaud, alors avant de parler de renouveau ou d'effet Dule, on va juste s'asseoir là calmement et essayer de comprendre ce qui s'est passé ce mardi soir à Valence. Analyse.

RHOAAAAA PUTAIN QU'C'EST BON ! Oui parce qu'il ne faut pas non plus oublier qu'on avait un peu honte d'être supporter limougeaud depuis quelques semaines avec un bordel digne d'une mauvaise emission de télé réalité scénarisé par deux autistes enfermés dans une twingo avec le chauffage à fond (je vous laisse visualiser…).

Petit retour sur les faits pour commencer :

QT1 Limoges prend Valence à la gorge d'entrée

On l'avait vaguement suggéré sans trop y croire dans la preview du match mais la seule vraie force du CSP était d'être imprévisible et surtout que Valence ne s'inquiète guère de rencontrer le 11e de ProA. Dans une certaine mesure c'est ce qui s'est produit. Dans ce QT1, Limoges annonce déjà la couleur avec de l'adresse extérieure (mais sans contribution de Gatens qui malgré une intronisation dans le 5 joue les passes-baballe) pendant que Valence répond "gentiment" par Sato qui est proprement intenable. 21-15, on se disait à ce moment là que le CSP tenait "son" petit exploit : avoir pris un QT à l'ogre Valencia et que les choses allaient rentrer dans l'ordre par la suite.

QT2 L'ogre ronronne

En manque d'adresse extérieure et visiblement bien renseigné sur la tendresse du jeu intérieur français, les espagnols mettent beaucoup de ballons dessous mais étonnamment, Limoges résiste bien (malgré la non utilisation de Zerbo) et si Valence remonte son débours, il n'arrive pas pour autant à prendre nettement la tête. 44-44 pas mal pour une équipe qui peinait à inscrire 55 points il y a encore quelques semaines.

QT3 Un cercle grand comme une bassine

Alors qu'on craignait le retour des vestiaires habituellement friable des limougeauds combiné à un énervement valencien, c'est le CSP qui a pris le dessus grâce à une adresse démente (et je pèse mes mots) lancé par un Schaffartzik capable de faire ficelle au bout des 24 secondes à 11m avec un défenseur dans les chaussettes et en déséquilibre, imité par Gatens (enfin) et même Payne. La défense est également à souligner puisque les joueurs s'investissent beaucoup plus que "sous" Philippe Hervé, multipliant les interventions pleines d'intensité, intensité qui se retrouve en attaque et qui offre des solutions qui semblent faciles. 58-65 malgré les contestations de Traoré quand il prend une faute ou les pertes de balles de Payne ou/et Westermann.

QT4 Impossible n'est pas français

Curieusement, c'est la sérénité des espagnols qui leur a peut-être coûté le match. Si elle est habituellement l'apanage des grands (d'Espagne ^^), elle a peut-être montré ses limites à cette équipe de Valence qui ne touchait plus terre depuis plusieurs mois. Sans s'agacer, Valence a continué à vouloir attaquer méthodiquement Limoges dessous mais sans succès et à 5min de la fin, c'est devenu un peu n'importe quoi. Sans adresse de loin et confronté à un mur dessous, les locaux se sont lancés dans un spectacle bien connu à Beaublanc dernièrement : le hourra basket où chacun tente de sauver le monde. Limoges a continué à sanctionner chaque erreur par une flèche lointaine ou un panier facile en pénétration tout en partageant la balle. Avec un écart qui est monté jusqu'à +22… Valence a rendu les armes en économisant ses cadres et en abandonnant probablement le point-average. Rendez-vous dans une semaine à Beaublanc pour la revanche, format court mais passionnant de cette Eurocup.

Comment peut-on passer du néant à ça ?

Limoges a clairement sa "part de responsabilité" dans ce succès mais pas que. L'investissement personnel, physique et mental y est pour beaucoup. On se jette partout, on se bat, on se tape dans les mains, on ne force pas les choix en attaque et on cherche patiemment le coéquipier le mieux placé. Ça paraît simple dit comme ça mais c'était tout sauf évident depuis des mois. Les raisons techniques se limitent à ça. On ajoutera les trappes au poste bas en défense et des fantaisies comme le changement de défense en cours d'action mais Dule n'a pas révolutionné le basket du CSP en 2 jours. Les joueurs n'ont RIEN appris de nouveau, ils se sont juste appliqués à faire ce qu'ils savaient déjà faire. Rageant non ?!

L'effet DULE ?

Oui, très certainement mais là aussi c'est limité. Si les joueurs avaient probablement à cœur de faire bonne impression pour leur première sortie sous les ordres du coach serbe, ce dernier n'a clairement pas encore appliqué sa "patte" au collectif limougeaud. Les imprécisions du traducteur (voire contresens) et la méconnaissance du nom des joueurs prouvent que Dusko n'a pas encore l'équipe en main. Par contre, ça ne moufte pas : tout le monde écoute au temps morts, personne ne shoote les bouteilles d'eau et de retour sur le parquet on applique ce qui était dessiné sur la tablette. De ce côté là, le pari peut sembler gagné mais quand on connaît les fortes têtes limougeaudes on ne sait jamais si quelque chose est acquis. Rappelons qu'il y a presque un an c'est l'arrivée de Philippe Hervé qui était saluée de la même façon et il représentait la manne providentielle après la "mauvaise" gestion de JM Dupraz. La seule constante entre ces deux situations ce sont quelques joueurs… de là à dire que certains auraient pris l'habitude de "choisir" leur coach, il n'y a qu'un pas que nous prendrons soin de ne pas franchir mais si le Cirque St Pierre repart en tournée on ne se posera plus la question.

L'effet Valence ?

Valence veut l'Eurocup. Valence tient pratiquement son 8e de finale et Limoges, même avec le point-average n'est pas un obstacle à la qualification.
Valence veut aussi l'Espagne. Valence joue son dauphin le Barça (qui n'a qu'une toute petite défairte au compteur) cette semaine et la motivation est quelque chose de délicat à provoquer dans un groupe.
Il y a quelques temps, nous vous avions narré l'anecdote du match perdu "exprès" par Boja en 1993 pour galvaniser ses troupes à l'aube de la grosse échéance du Final Four d'Athènes. Je m'avance sans doute beaucoup et je doute aussi que le staff de Valence soit aussi "barré" que le sorcier Maljkovic, mais disons qu'un scénario consistant à faire peur aux joueurs qui aurait mal tourné ne serait pas impossible. Hautement hypothétique mais pas totalement idiot.

Un mauvais coaching ?

Quoi ? Après cet exploit interplanétaire (si si lisez Twitter, on dirait que le CSP vient de mettre 20 points à la Dream Team) Beaublanc.com ose critiquer le coaching ? Et bien oui ! Mais le coaching adverse. Comment expliquer que Sato qui se balade dans la défense limougeaude aille user le fond de son short sur le banc (10min de temps de jeu avec 8pts à 75%) ? Comment expliquer l'entêtement dessous alors que les intérieurs limougeauds répondaient "présent" ? On pourrait encore une fois interpréter cela comme un excès de confiance. C'est vrai qu'un bon scouting vidéo du CSP 2015-16 met rapidement en évidence les carences défensives près du cercle. Alors appuyer là où à peu près tout le monde à réussi à le faire ne semble pas idiot sauf qu'en l'occurrence, ce n'était pas le bon soir comme en témoigne l'improbable domination 29 à 24 rebonds (je ne parle même pas des 25 passes à 14 sinon on va finir par croire à un hoax). Pas le bon soir non plus pour Diot 0pts à 0/6 ou pour Shurna 2pts à ¼ loins de leurs standards.

Ça y est ? On est champion du monde ?

Encore une fois, lisez les commentaires à côté de cet article et vous aurez un début de réponse. Le limougeaud s'enflamme aussi vite qu'il s'agace, mais comme le disait un d enos rédacteurs, cette victoire on l'échangerait 100 fois contre la branlée à Monaco ! Le seul objectif crédible que ce CSP peut se donner ce sont les playoffs et pourquoi pas rêver d'un triplé, mais ce sera tout. L'Eurocup serait une friandise bien trop tentante pour une équipe qui a déjà assez de mal à se canaliser.

Le coach devra maintenant utiliser les précieux entraînements à sa disposition pour installer SES principes de jeu même s'il pourra difficilement partir de zéro (PH l'avait fait l'an passé). La défense va grandement changer et les aides vont sans doute compenser le manque de taille ou le manque de réactivité de certains (même si les mêmes vont curieusement se découvrir des ressources insoupçonnées). Si la discipline instaurée au quotidien devrait faire le plus grand bien au groupe, un renfort ne sera pas du luxe pour apporter une vraie menace extérieure FIABLE (et pas seulement un festival occasionnel comme à Valence) et des rebonds (oui un Moerman quoi !).

Tradition oblige :

On a aimé

- Faire un exploit, un VRAI !
- Voir une équipe jouer ensemble et faire vivre la balle
- Voir NBC jouer sobrement et scorer comme un dingue
- Daniels prendre ses responsabilités (J'arrive pas à croire que j'écris ça)
- Heiko
- La beigne que s'est pris le traducteur
- Climatiser la salle de Valence
- Voir McCalebb enchaîner les AND-ONE
- Ne pas se faire humilier un mardi soir
- Voir Wojcie jouer
- Cozette/Beugnot aux commentaires... quel plaisir !

On n'a pas aimé

- Les pleurnichages auprès des arbitres
- Les balles perdues sur des passes "molles"
- Gatens qui refuse les tirs. Désolé mais ça suffit.
- L'adresse de Diawara (qui ne revient pas)
- Ne pas voir Zerbo pendant 20 min (préservé ?)
- Que ça s'arrête… enfin si, parce que c'était stressant… mais BON !

D'ici à samedi et le déplacement en Bresse pour la Coupe de France, savourez cet authentique exploit parce qu'on imagine facilement que comme nous, vous avez dû supporter un ou deux lourdingues au boulot qui vous rappelaient que "votre" équipe était un sacré bordel depuis quelques temps. Demain, il va falloir leur expliquer que Valence était le plus gros truc en Europe et que OUI le CSP est bien champion du monde... jusqu'à la prochaine défaite ! Savourez on vous dit !

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