Présaison CSP 2018/19

Opposition de styles

Illustration

Si depuis plusieurs années Vincent COLLET est unanimement reconnu comme le meilleur technicien français et qu'il obtient des résultats exceptionnels avec l'équipe de France, il n'en reste pas moins sur trois échecs consécutifs en finale de ProA - avec une équipe qu'il a pourtant modelée. Philippe Hervé jouit lui aussi d'une aura positive mais dans un style différent. Alors qu'est ce qui unit et qu'est ce qui sépare ces deux grands entraîneurs ? Dossier.

Illustration


Le Strasbourgeois est un stratège de haut niveau, un entraîneur international, un formateur hors-pair.

Mais alors pourquoi perd-il aussi souvent ?

Tout d'abord, Vincent est obnubilé par la précision, le jeu bien léché, les systèmes offensifs longs et déroutants. Il aime que ses joueurs respectent les consignes à la lettre, qu'ils soient dans les timings, c'est un peu un adjudant sans la partie autorité militaire.

Sur le plan offensif, le but est de trouver le shoot le plus facile possible en multipliant les passes, les démarquages, les écrans, les pick and rolls. C'est vrai qu'avec des meneurs comme Diot et Campbell il est difficile de trouver des tirs improvisés puisque ces 2 joueurs ne sont pas réellement des créateurs de leur propre shoot.

Sur le plan défensif, Collet est un adepte de la zone match-up, c'est à dire que ses joueurs sont en zone mais ils changent sur les écrans et il suivent le porteur de balle. C'est très déroutant pour l'adversaire parce qu'il croit souvent qu'il attaque sur une individuelle. Avantage de ce système défensif, c'est de créer des prises à deux soit sur le meneur de jeu, soit sur les intérieurs aux postes bas. Inconvénient, il faut être hyper polyvalent car on se retrouve souvent à défendre sur plus grand ou plus petit que soit.

Que de louanges pour cet entraineur, mais... où sont ses défauts ?

Premièrement, il n'aime pas la pression. Son jeu est basé sur la précision et donc sur l'anticipation. Il faut qu'il ait tout prévu, s'adapter en live est difficile pour ses équipes car il faut des joueurs qui improvisent, qui mettent de la fantaisie dans le jeu, et il ne recrute pas ce genre de joueurs. Lui il veut des combattants, des bons soldats, qui ne sortent pas du cadre et qui respectent les consignes.

Deuxièmement, il pleure beaucoup trop : avant le match il veut de la sécurité pour lui et ses joueurs, pendant il n'arrête pas de contester chaque décision arbitrale à l'encontre son équipe, et après, la faute repose sur les supporters qui font trop de bruit. Dans le contexte hexagonal, son statut de sélectionneur national lui vaut de bonnes relations avec la FFBB... cette même FFBB qui gère les hommes en gris. Très honnêtement, à part lors du QT4 du match 4 de ces finales (les girouettes ont suivi le sens du vent)... Strasbourg a fréquemment eu de la "chance" avec l'arbitrage.

Troisièmement, il réussit en équipe de France parce qu'il a sous ses ordres des « winners », des mecs qui n'aiment pas perdre. Quand vous avez dans votre équipe un Tony Parker, un Boris Diaw et un Florent Pietrus, vous avez 3 joueurs qui détestent perdre au plus profond d'eux mêmes. Vous n'avez pas besoin de motiver vos troupes, ils le font pour vous. Mais surtout vous avez l'arme absolue en ce qui concerne l'improvisation, la création du jeu. Tony est le meilleur joueur d'Europe dans ce contexte là. Il ne faut pas confondre les capacités à marquer que possède Tony par rapport à Antoine Diot.

Canal Sport avait installé 2 caméras dans les vestiaires lors du match 4 et le discours des deux coachs était symptomatique de la différence qu'il y a entre eux :
Vincent Collet n'a parlé que stratégie et communication quand Hervé parlait de travailler pour le copain, de se sortir les tripes par terre et d'enflammer Beaublanc.

Illustration


Collet est un coach quand Hervé est un manager

C'est la principale différence entre les deux et c'est certainement ce qui a fait que Limoges est Champion de France.

Vous me direz que la saison dernière, Jean Marc Dupraz n'était pas vraiment un grand manager. Vous pensez peut-être aussi que Donnadieu est plus un entraineur formateur qu'un motivateur de troupes.

Oui peut-être, mais tous les deux avaient dans leurs effectifs des joueurs capables de pousser leurs copains, des gagneurs, des tueurs, des marqueurs de paniers qui enflamment les foules. Je ne vais pas parler de Nanterre, mais la saison dernière, Adrien, JK Edwards, Nobel et Taurean Green étaient tous capable de mettre des paniers de fou. Je ne parle pas du MVP des finales parce qu'Acker est le type de joueur que l'on ne voit pas de la saison et qui va tout casser quand ça compte. Pénible pour un entraîneur qui aime construire !

Regardez encore cette saison : on a dans notre effectif Pooh Jeter qui depuis son arrivée n'avait pas soulevé les gradins de Beaublanc, il y a aussi Mike Gelabale qui était plus critiqué qu'adulé, mais au final ces deux joueurs ont été présents quand cela a été nécessaire.

Perdre trois finales de suite ce n'est pas un signe de médiocrité, regardez Greg Beugnot dans les années 2000. Il en a perdu cinq, et ce n'est pas un mauvais coach pour autant.
Mais pour gagner, il faut être un manager (voire un leader), il faut motiver ses troupes, il faut que vos joueurs voient que vous ne les lâcherez pas, que vous y croyez dur comme fer, même dans les pires moments.

Tueurs wanted !

Vincent Collet est un excellent technicien (sans doute le meilleur actuellement), un bon sélectionneur et un recruteur cohérent mais pour gagner dans le contexte de la ProA (sans TP) il lui faudra accepter de diriger des joueurs talentueux et plus sanguins que disciplinés. La France ne peut pas payer les superstars bons soldats ET hyper doués. Il nous reste les caractériels ! Et là... Collet sera-t-il de taille ? Dupraz n'a pas brillé par son autorité sur son groupe mais malgré tout la motivation des joueurs a fait le reste. Hervé semble combiner les deux... en attendant d'en trouver les limites. Le futur recrutement de la SIG nous éclairera sur une évolution en ce sens ou non, mais clairement Diot était le seul à être au-dessus du lot à Strasbourg ; les Howard, Campbell et autres Leloup eux n'avaient pas la combinaison talent/créativité nécessaire pour enflammer le jeu dans l'ambiance bouillante de ces finales.

A tout sorcier, son chaudron

Concernant cette ambiance justement, il ne faut pas oublier un paramètre important : Beaublanc reste LA salle où il faut gagner des titres. La plus grosse erreur de Strasbourg, c'est d'avoir perdu en Alsace. La pression que mettent les supporters limougeauds sur les joueurs, le club toute la saison est bénéfique car dans les rencontre qui comptent, les joueurs sont habitués, le staff aussi et surtout ils savent tous qu'ils pourront compter sur chaque personne qui a payé sa place dans l'antre du CSP. Et ça, aucun autre club ne peut en dire autant, aussi puissante que puisse être sa sono ! J'ai bien aimé la phrase de Cozette sur C+SPORT : "Souvent les gens disent que l'on en fait des caisses sur l'ambiance à Beaublanc, mais il faut venir pour se rendre compte". Limoges est un club de gagneurs, Philippe Hervé est venu chercher çà pour relancer sa carrière, certains joueurs prennent des risques en venant en Limousin mais s'il réussissent comme Adrien par exemple, on leur rend au centuple ce qu'ils nous donnent sur le terrain. Et çà les alsaciens n'y arriveront jamais...

  • Autour du match
  • Commentaires (22)