Présaison CSP 2018/19

L'Euroligue des champions ou l'inverse ?

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Parce qu’une image vaut parfois tous les mots du monde, Beaublanc.com vous propose aujourd’hui une infographie vous permettant de découvrir les deux projets qui vont s’opposer dans les années à venir pour gérer la compétition d’élite Européenne. Les projets sont proches mais les philosophies incompatibles, concerneront-ils Limoges ? Découverte.

La situation

Il y a bien longtemps, dans une Europe du basket très éloignée des géants économiques d'aujourd'hui, l’ULEB (association de ligues professionnelles -dont la LNB- fondée en 1991) est montée en puissance au début des années 2000. L’Euroleague créée en 2001 a progressivement pris le pas sur le Championnat d’Europe des Clubs Champions géré par la FIBA EUROPE. Face à l’amateurisme de la fédération continentale avec sa compétition entre-temps renommée SUPROLIGUE, le professionnalisme et les moyens financiers de la structure privée EUROLEAGUE ont rapidement séduit les grands clubs d’Europe. L’ULEB gère à ce jour l'EUROLEAGUE et l’EUROCUP, alors que la FIBA ne gère "que" la défunte Eurochallenge devenue FIBA EUROPE CUP soit la C3.

L'Empire contre-attaque

La FIBA EUROPE a lancé au début du mois de novembre son offensive pour reprendre la main sur les compétitions européennes de clubs, chantage à l'appui : étant dépositaire des droits de qualification des championnats et ligues domestiques, les clubs refusant d'intégrer sa future compétition se verront radiés de leur championnat domestique et seront donc incapables de se requalifier sportivement pour une autre compétition. Idem pour les fédérations qui choisiraient de travailler avec l'ULEB qui se verraient menacées de suspension de leurs équipes nationales pour les JO ou autres championnats internationaux. La FIBA présente donc son projet de BASKETBALL CHAMPIONS LEAGUE (mais où vont ils chercher toute cette créativité ?!). Les bons côtés de cette formule, car ils sont nombreux, résident dans le volet financier. En effet, sur le modèle de l'Euroleague actuelle, la FIBA EUROPE propose aux 8 clubs majeurs (et résidents permanents) de détenir 50% du business (l'autre moitié revenant à la FIBA et à ses investisseurs). De ce fait le partage est plus généreux pour les 16 clubs participants à la CHAMPIONS LEAGUE puisqu'ils se partageront 30M€/saison soit pratiquement le double de la dotation de l'Euroleague jusque là (nul doute que cela sera revu à Barcelone). Un autre avantage c'est l'intégration du Fair-play financier qui empêchera certaines dérives constatées dans des clubs où les joueurs ne sont plus payés une fois éliminés ou les budgets totalement artificiels et explosifs (Sienne par exemple). Enfin, si la formule intègre pour la première fois des "clubs résidents", elle laisse une part bien plus importante à la qualification sportive des équipes tout en garantissant des compétitions composées de vainqueurs nationaux puisque la FIBA EUROPE CUP (future C2 pour la FIBA) accueillera tous les champions non-qualifiés pour la C1.

Le retour du Jordi

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Peu importe les menaces, cela n'a fait qu'accélérer les projets de ligue fermée (sur le modèle de la NBA) sans montée ni descente que Jordi BERTOMEU, le président de l'Euroleague, appelle de ses vœux depuis longtemps. Faisant-fi des championnats domestiques, simples sparring-partners pour les grosses écuries d'Euroleague en attendant les choses sérieuses du jeudi, l'instance basée à Barcelone a dévoilé le 10 novembre son projet de nouvelle EUROLEAGUE basé sur des licences A de 10 ans et quelques strapontins pour les clubs qui voudraient sauter dans le wagon EUROLEAGUE en partenariat avec IMG un énorme acteur financier du sport international mais particulièrement du sport US ouvrant la voie à l'arlésienne de la création de franchises NBA en Europe. L'Euroleague tisse des liens en ce sens depuis des années et après les tournées NBA en Europe rencontrant les cadors continentaux, l'été 2015 a vu la première tournée de clubs du vieux continent allant s'affronter sur les plus prestigieux parquets américains. La guerre des médias est déclarée, chacun s'attribuant l'accord et la signature des 8-11 équipes (selon le clan) incontournables en Europe. L'Euroleague qui avait participé aux débats qui ont permis l'élaboration de la CHAMPIONS LEAGUE se permet même de "remercier la FIBA EUROPE pour ses propositions" et pousse le bouchon jusqu'à calquer la future EUROCUP sur l'actuelle Euroleague pour en faire la C2 au nez et à la barbe de la FIBA ! Le duel final sera sanglant mais l'Euroleague y laissera des plumes financières si elle veut s'aligner sur les propositions alléchantes de la FIBA. Cette dernière sait que son adversaire a pour but de générer du profit alors que cela est secondaire pour la FIBA EUROPE qui tient peut-être là son atout majeur. Les grosses équipes d'Europe ne faisant pas partie des 11 actionnaires de l'Euroleague ont également un peu de mal à avaler la pilule et se tourneront probablement vers la FIBA sans regrets (Malaga a déjà exprimé publiquement son mécontentement).

Les formats

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Très similaires mais plus respectueux du calendrier international et de la vertu financière du côté FIBA... même s'il faut reconnaître que c'est l'EUROLEAGUE qui a inventé les recettes du haut niveau actuel, toutefois la copie semble légèrement meilleure que l'original.

Les enjeux

Comme expliqué plus haut, les clubs qui feront le choix de tenter l'aventure Euroleague prendront de gros risques et seront probablement reniés par leur fédération (cruel dilemme pour les instances nationales dont ces clubs sont les fers de lance) au risque de voir les équipes nationales sanctionnées. Les BARCA, REAL, CSKA, EFES et autres PANA risquent donc de sauter le pas vers la NBA européenne au risque d'avoir à rompre avec leur histoire (et leur fédération… ce qui risque d'être un chamboulement sans précédent y compris au niveau des équipes de jeunes).
Ceux qui rentreront dans le giron de la FIBA EUROPE auront un blanc-seing pour les compétitions internationales et profiteront d'un championnat européen "heureux" de récupérer des grosses cylindrées. Les cartes seront toutefois redistribuées car les grands absents (puisqu'il y en aura) laisseront la voie libre à des clubs qui n'auraient jamais pu espérer monter sur le toit de l'Europe avant cela.

La France dans tout ça ?

Nul doute que la France sera un bon élève de la FIBA (où elle est très bien placée dans les hautes instances) et retirera ses billes de l'Euroleague/Eurocup malgré les (petites) portes entrouvertes par Bertomeu (mais il n'a jamais caché son manque d'intérêt pour la France). La FFBB et la LNB ayant pris position depuis les annonces en faveur de la FIBA, nous pouvons donc affirmer officiellement que le CSP disputera à Milan son tout dernier match d'Euroleague, même s'il redevient champion de France (un jour...). D'un autre côté, nos tristes expériences limougeaudes prouvent clairement que l'hexagone n'a pas sportivement sa place à l'heure actuelle dans les compétitions reines tant son élite est faible et instable. Au mieux la ProA est un championnat tremplin pour des joueurs, au pire il est un bon plan pour être sûr de percevoir son salaire et de se faire soigner à l'œil. Pour ce qui est du basket c'est faible de chez faible malgré un volume athlétique plus important que bien des ligues (comprenez : un championnat où ça court vite et saute haut mais au Qi basket "limité"). La France pourrait à maxima briller en C2 (quelle qu'elle soit…) et sera un candidat sérieux pour la C3 à travers plusieurs clubs à l'image de Nanterre actuel détenteur de feu l'Eurochallenge mais éliminé de l'Eurocup.
Avec le nouveau système, la France verrait un de ses clubs propulsé avec un budget renforcé (les plus gros CSP/SIG flirtent avec les 8M€ annuels... une manne entre 1 et 2M€ serait considérable quand on voit le bien que les 800.000€ ont fait au CSP en 2014-15) qui lui assurerait des moyens nouveaux pour dominer sa ligue... étape à ne pas rater, le champion de France 2016 possèdera une masse salariale sans précédent et sera redoutable en 2017. Il pourra peut-être même se payer le fameux pivot à 1M€/saison qui fait si cruellement défaut au basket français.

Une Europe à deux vitesses ?

Le basket européen est-il donc voué à voir disparaître les compétitions à qualification sportive au profit d'une ligue fermée ? Cela créerait de fait une Europe à 2 vitesses où s'affronteraient d'un côté les mastodontes composés des meilleurs joueurs et évoluant dans les meilleures conditions matérielles et financières, et de l'autre les refoulés ou les joueurs en devenir évoluant dans des clubs modestes un jour dans une aréna moderne, le lendemain dans un grand gymnase dans l'espoir que leur contrat sera respecté.
Quand on voit une boucherie du style Olympiakos-CSP on se dit que cette dichotomie existe déjà et que la formaliser ne pourrait qu'être bénéfique aux deux parties même si cela signifie que les clubs n'auraient plus d'espoir d'intégrer "au mérite" l'élite européenne mais au mieux d'y propulser leurs joueurs "pépites" et de se contenter de régner sur les compétitions de seconde zone.

Qui a le plus de chances de l'emporter ?

Pour répondre à cette question je vais citer un grand auteur, Alain Chabat dans Burger Quiz : "LES DEUX ETAIENT LA BONNE REPONSE !". L'Euroleague risque avec l'appui de son partenaire américain et son accord avec la NBA de parvenir à créer la ligue fermée dont elle rêve avec un vrai championnat à 16 clubs et 30 rencontres/an, alors qu'en parallèle la FIBA aura remis la main sur les compétitions "officielles" certes amputées des meilleurs joueurs mais c'est déjà le cas avec les départs massifs de talents vers la NBA. Le seul aspect positif pour nous pauvres français dont les meilleurs éléments évoluent déjà en NBA, serait donc de voir enfin les clubs nationaux regagner en compétitivité mais tout en étant conscient de ne pas jouer dans la "vraie" cour des grands même si elle s'appellera Champions League !

Un fantasme ?

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Dans le cas où les 11 "élus" par St Jordi joueraient les poules mouillées, il resterait une alternative à l'Euroleague : créer de véritables franchises totalement indépendantes des structures actuelles en partant des bassins de population et en laissant quelques industriels majeurs gérer le projet localement. Un exemple : Paris. La ville intéresse notoirement l'Euroleague depuis des années mais aucun projet ne parvient à éclore durablement. Une grosse entreprise française pourrait s'appuyer sur la Bercy-Arena et des "conseils" de l'Euroleague pour monter de toutes pièces une équipe de basket indépendante de la FFBB ou de la LNB mais simplement basée à Paris sans AUCUNE contrainte de joueurs étrangers et de règlementations FIBA. Faites la même chose à Rome, Berlin, Londres, Amsterdam, Zurich, Barcelone, Madrid, Istanbul, Jerusalem, Athènes, etc... et vous aurez rapidement 16 équipes (transférables à souhait si la mayonnaise ne prend pas et qu'un autre candidat allonge les euros) et si le spectacle est à la hauteur, les fans suivront ! Ajoutez quelques gouttes de NBA pour la déco et vous aurez une entreprise de spectacle florissante dans toute l'Europe. Le rêve de Jordi depuis le début...

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23 commentaires

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# 23 - Guylhome

16/12 - 16h45

Dites moi si je me trompe, mais les arbitres internationaux dépendent bien de la FIBA??

Donc si "on" veut faire disparaître l'euroleague, ils suffit de ne pas mettre d'arbitres sur cette compétition plutôt que de pénaliser les clubs ??

Et si l'euroleague à ses propres arbitres, ils ne seront pas reconnus comme arbitres internationaux...

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# 22 - pat17260

16/12 - 12h50

heu...je vais peut être dire une connerie, mais pourquoi ne pas prendre exemple sur les pousse ballons (foot), avec la formule league des champions ouverte à tous les clubs champions, et reverser les autres en ligue europa, pas de favoritisme pour tel ou tel club.
Hors sujet, à voir sur le populaire du centre, ça chauffe en coulisse...

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# 21 - csp@toulouse

16/12 - 11h19

Merci pour la synthèse.
Pour ma part, je pense que l'américanisation et les franchises sont inéluctables... Malheureusement, car je n'ai pas envie de voir le club que je supporte condamné à la 2eme division. En rugby, il y a +- les mêmes débats. La question est: serait-ce autant opposé au projet ULEB si le Csp était la 12eme franchise? (Pérennité, projet à long terme, attrait pour les jeunes, ...)

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# 20 - Bebert

16/12 - 9h36

Très bon article, merci pour toutes ces infos....
Pour moi, cette ligue fermée est une très mauvaise idée, ça ne correspond pas du tout au basket "européen", et si ça marche, ce ne sera que pour quelques temps.....4-5 saisons......,
Le grand public ne s'y reconnaîtra pas, et les grands médias et annonceurs n'en tireront pas assez de profit je pense.....
Pour moi la FIBA a les moyens d'enrayer tout ça, et si ils arrivent à arroser suffisamment les clubs phares hors Euroleague.......on pourrait se retrouver avec une compétition super intéressante et de bons joueurs.....
Même l'UEFA n'a pas osé fermer sa champions league.......et pourtant.......et ils sont même revenus en arrière........
Surtout que cette année, quel est l'intérêt pour les clubs plus petits, comme le notre, d'aller prendre des tôles une fois par semaine, sans avoir plus de ressources financières, et être sur les genoux à cause des 2 matchs par semaine........
Je pense au final qu'il y aura statu quo.........Jordi va se calmer....,,

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# 19 - Djordjevic

16/12 - 5h59

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NDLR, Commentaire modéré : sans rapport avec l'article, un forum est à votre disposition dans le menu pour les discussions "diverses".
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# 18 - Looper87

15/12 - 19h30

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NDLR, Commentaire modéré : sans rapport avec l'article, un forum est à votre disposition dans le menu pour les discussions "diverses".
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# 17 - zarco

15/12 - 18h22

Bon article et triste réalité
Ils vont réussir à faire une NBA européenne
C'est la mort des joueurs CE dans ces clubs

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# 16 - LeCanadien

15/12 - 18h18

Bravo d'avoir si bien expliquer mais quel bordel pour du pignons sérieux!! Sa devient comme au foot d'abord l'argent ensuite le sport

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# 15 - Djordjevic

15/12 - 13h16

Je caricature un peu Looper87, mais nos deux club d'EL sont vraiment dans le dur en Championnat.
L'EL nous bouffe l énergie physique mais surtout mentale!

Même si je m'inquiète moins pour Strasbourg que pour nous.

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# 14 - Supexpat

15/12 - 10h50

Très bon article. La copie ne valant jamais l'original, je pense qu'une ligue fermée n'est pas une bonne option pour le développement de ce port en Europe qui doit garder sa "vision" de l'accession au haut niveau pr les performances et non par l'injection d'argent. ( qui vient d'où d'ailleurs? ;))
Il est sain que la FIBA se réaffirme et se positionne clairement.
Mais quel bordel néanmoins....

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# 13 - Cyr87

15/12 - 10h28

Merci et bravo pour ce remarquable article !!!

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# 12 - Looper87

15/12 - 9h11

@ Djordjevic la Sig est 7eme et le CSP a une victoire d'être 7eme voir 6eme ... aucun des 2 n'est largué !
@BB.com beau boulot qui permet d'y voir clairement en effet...

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# 11 - Djordjevic

15/12 - 8h01

Quel boulot cet article!!!!!
Bravo BBcom

Petite remarque hors thème : Strasbourg a encore perdu, ce serait un comble de ne pas avoir les 2 finalistes dans les 8 premiers. Ça fait mal à l'EFES de voir Gravelines, Monaco etc...en tête du championnat

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# 10 - Pinpin87

15/12 - 7h25

Bravo les gars. ..même "l équipe " et " basket hebdo " n ont jamais êtes aussi clair que vous la dessus.
Respect...BBCOM

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# 9 - leprofesseur

15/12 - 0h45

Mouais... Le basket semble bien mal parti pour s'imposer comme une réelle force dans les sports co en Europe.
Et la France idem pour devenir une force dans le basket en Europe...

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# 8 - Archange

15/12 - 0h40

Excellent article.
C'est la "bonne" saison pour être champion a priori ;)

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# 7 - toto23

14/12 - 23h09

Très bel article

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# 6 - FF

14/12 - 22h52

La FIBA possède t'elle le droit de radiation des joueurs pour les compétitions internationales ? Cela peut aussi amener certains joueurs et leurs agents à réfléchir dans le choix d'un club a salaire égal, s'il y a un risque de ne plus être sélectionnable en équipe nationale.

Pour ce qui est du modèle des franchises, en France le basket n'a pas à l'heure actuelle une visibilité nationale telle que ce projet puisse attirer un ou des gros investisseurs. Même QSI à Paris n'a pas développé le projet...

De plus le handicap de l'imposition et des cotisations salariales FRANCAISES refroidira certainement les plus ardents. La cause du faible niveau de la PRO A ne réside t'elle pas dans ce dernier point (vous pensez que CAUSEUR, TILLIE, MOERMAN, DE COLO, HEURTEL, pour ne citer qu'eux, sont partis pour la beauté des paysages européens ???)

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# 5 - Yoh

14/12 - 21h57

Très bel article

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# 4 - Momo88

14/12 - 21h30

Merci pour ces explications très claires ☺

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# 3 - Guylhome

14/12 - 19h03

Beau boulot, bravo le collectif beaublanc

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# 2 - le_cobra

14/12 - 17h43

Pareil !

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# 1 - jmb

14/12 - 17h29

C'est parfait comme article.