C'est la merde, mais...

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Huit rencontres avant de replier les gaules, néanmoins la crise est à vif au CSP. Les joueurs enchaînent des prestations aussi inégales que suspectes, certains choisiraient leurs matches en fonction de l'exposition qu'il n'en serait pas autrement. La direction semble perdue face à la situation sportive même si la structuration avance en coulisses... On fait le point.

Le sportif coule

Des joueurs pros... et les autres

Commençons par les acteurs principaux des drames qui se déroulent sous nos yeux depuis des mois. Entre blessures, périodes d'adaptation, de réadaptation, menaces, marques de confiance, exploits, contreperformances déplorables et autres attitudes nonchalantes, le supporter limougeaud n'aura pas été volé côté commedia dell'arte. On pensait la période transalpine clôturée avec le départ de la famiglia... visiblement certains voulaient du rab' de lasagnes !

Difiicile de dédouaner qui que ce soit dans cet effectif. Non pas qu'on ait envie de jeter le bébé avec l'eau du bain, mais entre les caprices de stars de certains cadres censés apporter de l'expérience et de la sérénité, l'irrégularité teintée de manque de maîtrise de jeunes chiens fous et je m'en foutisme de starlettes surpayées, pas évident d'éxonérer qui que ce soit de ce naufrage collectif. On gagne ensemble (pas souvent), on perd ensemble ! C'est la règle.

Quel avenir ?

Limoges 2027 compte déjà un nombre de joueurs sous contrat, mais nous savons bien qu'aujourd'hui cela ne veut plus dire grand chose. Pour repartir sainement, Ware est une priorité tout comme Stergar déjà re-signé. Chez les JFL Invenizzi est sous contrat et s'il poursuit sur sa lancée de 2026 dans un rôle de leader vocal et gros ouvrier sans ballon, il pourra être un pion essentiel. Il semble grand temps pour Nico LANG d'accepter un rôle de 6ème homme de luxe et de se cantonner à des missions de sniper non sans rappeler ses débuts professionnels. Son niveau défensif (tout comme Hugo) n'est plus possible dès les entames de match. Pour les autres, personne n'est irremplaçable, si Jovanovic joue mieux depuis qu'il a été sur la sellette, il demeure un joueur laborieux et on doit pouvoir trouver mieux au même prix. Oui ce traitement "business" peut paraître un peu difficile, mais on ne pas dire que ces joueurs qui ont encaissé la plus large défaite d'un club presque centenaire ait fait preuve d'un attachement plus profond que la trace de la signature en bas du chèque. Pas de raison de faire preuve de plus respect, on récolte ce que l'on sème... et d'ailleurs une petite tournée des intermarchés de Haute-Vienne les dimanche matins à 7h en survet avec option séance photo sur tracteur ne ferait certainement pas de mal à certains.

Une fin de saison abrupte

On nous avait charmé avec des promesses de playoffs et d'Europe. Les objectifs ont plusieurs fois été revus à la baisse dès l'élimination précoce en coupe de France, dès la série noire qui a éteint tout espoir de Leaders Cup, dès le rapprochement de la zone de relégation... playoffs sont de venus "espoirs de playins"... Qu'on ne nous parle plus de cette loterie pour 9ème et 10ème espérant voler les places des 7ème et 8ème. Nous ne les méritons même pas ! Dans notre malheur nous avons, comme l'an dernier, la chance que des victimes expiatoires trustent la dernière place (Le Portel) synonyme de charrette pour l'Elite2 et celle d'avant-dernier (St Quentin) qui enverra son "lauréat" en position 6 dans les playoffs de ProB. Comme nous l'avons déjà évoqué dans d'autres publication, un classement finale entre la 11ème et la 14ème place sera synonyme de vacances précoces pour l'équipe (mais on renouvelle notre suggestion de traitement à la FF et tournée des partenaires ruraux jusqu'au dernier jour du contrat !) mais surtout de cessation de dépenses inutiles pour aller jouer à droite ou à gauche sans espérer passer plus de deux tours de playins. Amer et frustrant pour les supporters... doux à l'oreille du comptable.

Un staff en crise

Tout le monde semble pointer du doigt le coach, qui serait coupé du groupe, mais c'est oublier un peu vite le groupe. Ce n'est pas le nombre qui donne raison. Il y a deux façons d'envisager la prolongation précoce du technicien au moment de sa nomination à la tête de la sélection de Bosnie :
- soit la direction a fait une bonne grosse boulette (probable)
- soit la crise commençait à couver et un message fort a été envoyé au groupe "le coach restera, deal with it!"
Dans les deux cas c'est (très) inquiétant. Limoges est désormais coûteusement lié à son coach et devra obligatoirement renouveler une grosse partie de l'effectif puisque la mayonnaise n'a pas pris.

Un acteur est rarement cité dans ce désastre : le directeur sportif Crawford PALMER. Personnage très attachant au demeurant mais quand on fait le bilan de ses recrutements depuis deux ans on constate qu'avec un budget rikiki ou un portefeuille plus confortable le constat est exactement le même : la déception.
Les paris sur des joueurs à fort potentiel avorté n'ont jamais marché (Frank Mason, mais avant lui Tyrell Terry et même Alexandre Bouzidi), la volonté de recruter des combos à la con pour se donner de la latitude fait qu'on a des arrières polyvalents, ni très bons en 1, ni très bons en 2... et l'entêtement à décaler des joueurs sur des postes qui ne sont pas les leurs conduit à des situations à la Malik Osborne qui a tout cassé en Allemagne après des mois de déprime au CSP ou encore l'utilisation de 3 en 4 et vice-versa... qui frustre des joueurs qui doivent apprendre de nouveaux gestes. Si Lionel PELUHET veut du changement sur le parquet c'est probablement dans le bureau du DS qu'il faut commencer (le coach étant financièrement trop coûteux à évacuer à ce jour).

L'administratif avance

Si le grand public se plaint du manque de présence médiatique de Lionel PELUHET, la comparaison est cruelle face à un Xavier Popelier ou un Fred Forte mais l'intéressé l'a annoncé dès le départ : il n'a ni cette prétention, ni la compétence basket de ses illustres prédécesseurs. Le haut dirigeant d'Intermarché est un industriel et il fait ce qu'il sait faire : développer une entreprise. Le CSP est une entreprise de sport professionnel et depuis cet hiver, une entreprise à mission. La première signature dans ce cadre vient d'être dévoilée (et est passée totalement inaperçu entre la défaite rageante contre Paris et la branlée ultime à Chalon). Et c'est dommage car cela veut dire que le projet fonctionne : les partenaires d'envergure qui vont rejoindre le CSP dans les mois qui arrivent emboîtant le pas à l'Harmonie Mutuelle (Groupe VYV) devraient lui permettre de changer de braquet financier. Jusque là, le CSP a historiquement su performer sportivement mais en entraînant des catastrophes économiques dans son sillage. Sous Fred Forte, la gestion était meilleure mais sortait difficilement du bassin économique du Limousin. Aujourd'hui, le CSP tient son Jean-Michel AULAS ou son Vincent MERLING pour comparer avec les empires lyonnais et rochelais chez les pousse-cailloux ou les amateurs d'ovalie. Il lui manque toute fois LE rouage avec le sportif. Xavier BONNAFY n'a pas le charisme pour incarner le club et porter de façon convaincante la voix présidentielle. Lionel PELUHET n'a ni le temps ni la volonté d'être le visage du CSP, il lui faut trouver ce personnage emblématique pour mettre des coups de pression quand le moteur tousse mais sachant faire la passe dé' au patron quand il est temps de parader. Pas évident à trouver : un égo mais pas démesuré, capable de parler sportif sans être ni le DS ni le coach, mais capable de les protéger de l'agitation médiatique locale. Un oiseau rare...

Qui pour incarner le club ?

Une sorte de Laurent Sciarra (enfin une version qui aimerait Limoges hein !) qui prendrait la lumière et les coups mais sans le côté tête de con, un mec crédible capable de lâcher des punchlines sans sombrer les attaques perso. Un mix de Weis / Bonato (pour l'attachement à Limoges) mais avec le sérieux et la hauteur d'un Lang ou d'un Westermann. Allez, on lâche un nom (mais vous aurez plein d'autres idées en commentaires... mais ARRÊTEZ avec Choulet !) : David Thévenon. Un ancien du club, intelligent et mesuré. Passionné mais lucide. Un vrai visage qui parlerait à plusieurs générations. Il représente la résurrection du CSP, un vrai phénix qui pourrait apporter cette dimension hors du terrain après l'avoir incarnée sur le parquet.

Si Lionel PELUHET veut aller au bout de sa gestion d'entreprise, il sait que l'image est essentielle et dernièrement le CSP souffre d'un déficit d'image. Trouver ce visage qui sera le relais de la direction permettrait sans doute de mieux gérer les périodes de crise et de porter plus sereinement la parole du club. Les Cuban et Forte ne sont pas monnaie courante, Limoges devra caster une pépite (sans demander à Palmer !).

Les travaux de Beaublanc et les élections municipales

Un autre paramètre important dans l'avenir à moyen terme du club : les infrastructures. Si les projets actuels prévoient (enfin) des conditions d'entraînement à la hauteur d'un club professionel (salles annexes, locaux médicaux et bloc sanitaire moderne), la deuxième phase qui concerne la rénovation du palais des sports est plus que jamais sur le devant de la scène. Si l'équipe municipale actuelle défend bec et ongles son projet au coût pharaonique qui apporte peu de places supplémentaires, ses opposants ont pointé la dépense (qui-plus-est en période de crise) comme une coupe facile dans un budget en souffrance. Nous l'avions maintes fois annoncé, mais le calendrier de ce chantier a toujours senti mauvais : la part belle est faite aux transformations qui favoriseront le hand mais le basket, Beaublanc et sa voûte en queue de file risquent de faire les frais d'un projet scindé en deux phases. Lionel Peluhet est sorti du bois pour souligner la passivité de l'ancienne direction du club qui s'est laisser dicter un projet clinquant mais qui ne répond pas aux besoins économiques du club. Le président a souligné la nécessité d'une jauge portée à 8000 places tout en confirmant le besoin d'espaces de réception et de mise à niveau des espaces partagés. Cette tranche pourra encore faire l'objet d'une remise à plat et qui sait, peut être de l'éclosion d'une nouvelle salle moins chère et plus adaptée ?! Réponse à ces interrogations en grande partie après le résultat des élections. Si l'édile est reconduit, le projet risque d'aller à son terme en l'état actuel mettant in fine le CSP face à un casse tête économique, si la mairie bascule les interlocuteurs sont connus et notoirement attachés au CSP... peut-être plus pragmatiques ? Economiser 10M€ sur une salle en faisant du neuf représenterait un sacré budget pour rénover des écoles ou refaire des routes.

C'est la merde mais...

En conclusion, si sur le parquet un grand ménage sera nécessaire (on sait faire), il faut se rassurer de la construction de fond du club. A l'image des travaux qui sont le quotidien de Beaublanc depuis des mois et pour des années, le CSP mène du gros-oeuvre en coulisses. Ce n'est pas flashy mais à l'heure où Le Portel mendie chez les voisins et ou l'ogre monégasque brade ses joueurs et aura le plus grand mal à repartir en 2027, voir Limoges bâtir est très rassurant. Ces fondations nous donneront à terme des moyens sportifs pilotés par des acteurs d'un autre calibre et les heures actuelles ne seront que de vilains souvenirs, mais comme l'an dernier, nous sommes dans le tambour de la machine à laver...

C'est la merde mais... l'avenir nous appartient. Monaco va couler (la défaite face à Nancy est lamentable), Paris devra choisir entre NBA Europe et Betclic Elite (tout en se faisant taper par le BCM), l'ASVEL croule sous les dettes (et fait un joli cadeau à Boulazac)... il y a une lumière au bout du tunnel. Le championnat de France va perdre des locomotives... qui n'ont entraîné que leurs propres intérêts (un peu comme si le ruissellement ne marchait pas non plus dans le basket !) mais il va peut-être retrouver son ADN et redonner aux villes moyennes leurs chances de briller à travers un sport que certains ont voulu les priver. Limoges doit serrer les dents pour passer deux écueils :
- la crise sportive qui émaille la passion (il ne faut pas se mentir : un -53 il y a quelques année, on aurait retrouvé la voiture de Palmer en flammes sur le parking et les joueurs attendus à la descente du bus)
- la période de travaux concernant le palais des sports, si rénovation et migration dans la salle de 3500 places il y a, cela risque d'éroder encore plus l'engouement populaire. Si un autre projet sort de terre permettant de conserver Beaublanc dans l'intervalle, la trésorerie souffrirait moins.

En attendant, savoir qui de Mason ou Franklin perd le plus de balles semble bien futile. Heureusement qu'ils nous prendront encore un ou deux matches pour se montrer vendre dans un calendrier de fin de saison relativement clément (ASVEL-aïe-, Nancy, Bourg -aïe-, Gravelines (qui compte double), Nanterre, Le Portel, Boulazac, Le Mans)...

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