René Le Goff :"Nous avons besoin de Limoges en ProA !"

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Monsieur René Le Goff, président le la Ligue Professionnelle de Basket (LNB), a accordé une longue interview à Beaublanc.com et revient sur les sujets qui nous préoccupent tous : l'accession du CSP Limoges en ProB, les changements règlementaires pour la saison à venir et enfin le format de la future Superligue ainsi que le rayonnement et la médiatisation du basket Français en Europe. Bonne lecture à toutes et tous !

Beaublanc.com : M. Le Goff, votre réaction par rapport à l'arrivée de Limoges en ProB pour la saison 2006-2007 ?
René Le Goff :
C'est une formidable nouvelle pour nous et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Limoges demeure une référence dans le monde du basket, nous sommes donc assurés d'avoir une belle équipe et un beau public. J'ajouterais que le niveau de la ProB s'est considérablement relevé sur les deux dernières années comme en témoignent les bilans des bons clubs de ProB et que l'apport de Limoges fera encore grimper la moyenne de spectateurs qui était déjà passé de 1350 en 2005 à 1650 en 2006.

BBcom : Certains s'interrogent de ne voir figurer Limoges sur les listes de validation par la DNCG (NDLR : organisme de contrôle financier de la ligue), y a t'il un souci et est-ce que la DNCG est plus attentive au regard du passé tumultueux du CSP ?
RLG :
Non ! Il n'y a aucun souci à ce jour, et non la DNCG ne tient compte que des éléments en sa possession, aucune forme de rancune n'existe. Simplement, les cas des clubs qui accèdent à la ProB sont traités en dernier et à ma connaissance Limoges a un très bon dossier alors que par exemple, Poitiers rencontre des difficultés car ils n'ont pas de parquet.

BBcom : Les matches de ProB ont lieu le vendredi, est ce que les dérogations sont simples à obtenir ?
RLG :
Les journées de championnat restent fixées le vendredi et cela est un plus constaté au niveau des sponsors et partenaires, en revanche nous sommes très souples à ce sujet et si Limoges a une tradition et un public fidèle au samedi soir nous ne nous opposerons pas à ce que les matches soient décalés.

BBcom : Cette année a été le théâtre d'un jeu de chaises musicales incroyable au niveau des étrangers de ProA et ProB, quelles seront les modifications apportées aux règles sur les transferts et les quotas de joueurs étrangers l'an prochain.
RLG :
Certaines modifications vont être apportées mais quelques points méritent d'être éclaircis en premier lieu :
- les "quotas" sont illégaux au niveau européen et notre système relève d'un "gentlemen agreement" entre les présidents de clubs qui s'engagent à ne pas engager plus de joueurs étrangers.
- le syndicat des joueurs de haut niveau demande que l'on utilise un extracommunautaire (souvent US) de moins (donc 3 en ProA et 1 en ProB) mais ce ne sera pas le cas.
Pour la ProB, une équipe de 10 à 12 joueurs devra respecter le schéma suivant : 6 à 8 français, 2 US et 2 Bosman (dont éventuellement 1 cotonou)

BBcom : Des mesures sont-elles prévues pour éviter les transferts abusifs ?
RLG :
Absolument ! Un joueur ne peut plus changer de club à l'intérieur du même championnat sauf dans 3 cas précis :
- s'il n'a été que "joker médical" dans ce même championnat
- s'il est au chômage depuis plus de 45 jours
- s'il a été remercié par un club pendant sa période d'essai

BBcom : Ne pensez-vous pas que le niveau global des américains qui évoluent en France a baissé ces dernières années et aussi du fait des nouvelles règles ?
RLG :
Oui mais je pense que c'est global. Si on regarde ailleurs en Europe les américains ont à peu près le même niveau et certains ont même joué en France. De même les nouvelles règles ont perturbé une bonne partie du championnat mais Le Mans par exemple qui est en finale de ProA n'a pas changé d'américain de la saison !

BBcom : Comment expliquez-vous alors que ces mêmes joueurs étrangers aient des rendements supérieurs dans d'autres championnats ?
RLG :
Plusieurs critères peuvent être évoqués. En France, nous avons un déficit de grands pivots, un meneur US est plus efficace quand les points de fixation à l'intérieur sont vraiment imposants par exemple. On peut aussi s'interroger sur la dimension du coaching qui sait peut être mieux mettre en valeur ces joueurs que nous ne le faisons à l'heure actuelle, si on regarde la performance d'un Mire Chatman en Finale de l'ULEB cup avec Moscou, on peut regretter qu'il n'ait pas permis à Pau d'obtenir de meilleurs résultats l'an passé.

BBcom : Quelles sont alors les solutions pour attirer des "grands" et revoir la France jouer les premiers rôles dans les compétitions européennes ?
RLG :
Tout d'abord, malgré les résultats limités en 2006, il faut noter que les clubs français ont dans l'ensemble un meilleur bilan qu'en 2005 même s'ils ne vont pas très haut dans les tableaux finaux. A leur décharge ils luttent avec des budgets qui ont des rapports de 1 à 4 !

BBcom : Certes mais le Limoges de 93 était le plus petit budget du Final Four et l'a quand même emporté.
RLG :
Malheureusement aujourd'hui de tels exploits paraissent difficiles et si on ne se décide pas à une marche forcée vers une ligue unique on va droit dans le mur !

BBcom : La superligue prévue pour 2008-2009 serait donc la réponse mais quelles en seront les modalités précises ?
RLG :
Nous comptons tout d'abord réduire le nombre de clubs de ProA à 14 et de ProB à 16. Ainsi dès l'an prochain la ProA passera à 16 clubs grâce à 3 descentes et une seule montée directe pour le champion de ProB désigné par la finale des playoffs à Bercy.

BBcom : Cette ligue sera-t-elle fermée à terme ?
RLG :
A l'heure actuelle et en tenant compte de la culture française de la compétition et de la promotion il est difficile d'envisager un tel changement mais le basket professionnel doit regarder autour de lui et ce qui se fait en Europe tend vers cette direction. A titre personnel je souhaite que l'on adopte une approche plus "business" de notre sport afin de afin de concentrer les moyens, faute de quoi il perdra du terrain.

BBcom : Dans le même ordre d'idées les critères de capacité des salles vont-ils être calqués sur les exigences de l'Euroleague (9000 places) ou serons-nous plus réalistes ?
RLG :
Jusque là nous évoquions 5000 places mais nous souhaitons que potentiellement tous les clubs de la superligue soient capables de participer à l'Euroleague. La nouveauté vient en fait d'un décret émanant du ministère des Sports dirigé par M. Lamour qui interdit depuis peu d'exiger des tailles de salles en France. Cela ne va pas dans le sens de notre projet.

BBcom : Peut-on envisager de voir un club évoluer dans sa salle pour le championnat de France et se délocaliser pour des compétitions européennes, par exemple dans un zénith (NDLR : suivez mon regard !) qui correspondrait aux exigences Euroleague ?
RLG :
Tout à fait ! De même nous conseillons à des clubs issus de la même région administrative d'étudier des projets de fusion encore une fois dans une optique de mise en commun des moyens. A titre d'exemple, Reims et Châlons en Champagne qui sont peu distants et qui dépendent des mêmes collectivités territoriales pourraient créer un grand club de Champagne.

BBcom : Qu'en est il de l'exposition médiatique du basket français ? Quels sont les contrats qui nous lient à des chaînes et comment voyez-vous évoluer cet aspect de la communication ?
RLG :
Pour l'instant nous sommes sous contrat avec TPSstar pour la ProA et ce jusqu'en 2009, ce qui est une bonne nouvelle d'autant plus que TPSstar devient accessible à un plus large public par le biais de la TNT payante. Le All Star Game qui était sous contrat avec Sport+ arrive à terme la saison prochaine et nous ne savons pas encore si nous allons conserver la formule actuelle mais ma préférence va clairement au match à Bercy qui crée l'évènement et qui rassemble énormément.

BBcom : Les initiatives locales comme la diffusion de matches de ProA ou ProB sur des chaînes régionales sont-elles envisageables vis-à-vis des contrats existants ?
RLG :
Tout à fait, la LNB et TPSstar sont totalement disposés à collaborer la seule exigence étant de ne pas programmer en parallèle à TPSstar (qui diffuse le dimanche après-midi) d'autres matches. Les initiatives de Limoges contre Poitiers ou de Gravelines pour la réception de Pau sont de bons exemples que l'on peut fédérer sur des télés locales, un public important sans dégarnir les gradins.

BBcom : Peut-on espérer revoir le basket français sur une chaîne hertzienne ?
RLG :
Oui, regardez France3 le 18 juin ! La finale de ProA sera diffusée en même temps sur le réseau national et sur TPSstar qui a accepté cette cohabitation exceptionnelle. La finale unique sur un match sec à Bercy est pour nous aussi l'occasion de créer un évènement plus large autour du basket et à destination d'un public qui comprend mal le système des finales en 3 ou 4 manches.

BBcom : À ce sujet, comment expliquez vous que pour des demi-finales de playoffs Pau n'est connu qu'un remplissage très limité (autour des 3000 spectateurs) à domicile alors que l'enjeu était présent ?
RLG :
Il revient à chacun d'étudier la gestion tarifaire que l'on souhaite faire d'un évènement. Refaire payer ses abonnés ou pratiquer une tarification élevée peut décourager un public aussi volontaire que celui de Pau. Nous nous posons le même genre de questions lorsque nous abordons un gros évènement à Bercy par exemple.

BBcom : Merci beaucoup M. LE Goff de votre disponibilité, avez-vous un message à adresser aux supporters limougeauds pour la saison qui se profile ?
RLG :
Je leur souhaite une superbe saison car nous avons besoin de Limoges en ProA !

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3 commentaires

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# 3 - pointguard

17/06 - 12h00

A la demande de M. Le Goff nous avons corrigé le passage sur les clubs concernés par une hypothétique fusion.
"Concernant la fusion de clubs je vous ai cité Reims et Châlons en Champagne qui sont dans le même département à moins de 40 km. Par contre je vous ai dit que je n’imagine pas le futur avec plus d’une grande équipe par Région ; par exemple en Alsace il ne pourrait pas y avoir Strasbourg et Mulhouse. Cela ne signifie pas qu’ils doivent fusionner mais qu’il y aura une grande équipe de niveau européen et une autre équipe en niveau 1 ou 2 mais pas de niveau européen (Strasbourg et Mulhouse ne sont pas dans le même département et sont distants de 120 km.)"

Toutes nos excuses pour la confusion.:(

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# 2 - maher

15/06 - 12h00

vraiment du bon boulot cette interview. on parle de limoges, mais pas uniquement, et ca c'est tres interessant.

encore bravo et merci

Maher

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# 1 - bigman33

15/06 - 12h00

MERCI ! MERCI ! MERCI ! Vous êtes ENORME messieurs de Beaublanc.com :bj:
( enfin quand on parle de fusion , nous ne risquons pas de nous fusionner vu la pauvreté dans la région ; il faudrait taquiner Poitiers ou Boulazac ; non merci . LE CSP EST UN BLOC NON SOLUBLE ).